Bonheur manqué, 1889
XXXVIII. « C’est dommage, mais c’est la vie »
Juin, Saint-Cergues.
C’est dommage, mais c’est la vie.Elle était blonde et moi rêveur,Voilà pourquoi je l’ai suivie.Je cherche encor l’amour sauveur.
Je ne suis pas celui qui penseChaque matin à ses devoirs ;Je suis celui qui se dépenseEn éphémères désespoirs.
Un seul regard me bouleverseEt je m’émeus de bonne foi...Je tombais presque à la renverseQuand elle passait près de moi.
Temps naïf ! Un pacte impliciteSemblait nous unir à jamais.Que m’importait la réussite !Je n’avais pas de but, j’aimais.
Je saluais la bienvenueD’un désir vrai, d’un songe pur ;Je bénissais cette inconnue,Belle comme un bonheur futur.
La médiocrité des âmes,La médiocrité des faits,Et la laideur des autres femmesPesaient moins sur mes jours défaits.
Dans le chagrin causé par elle,Tous mes chagrins s’étaient perdus...Que vais-je faire, ô criminelle,De ces baisers qui vous sont dus ?
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Bonheur manqué, Paris, Paul Ollendorff, éditeur, 1889· numérisation books.google.com· Sources