Bonheur manqué, 1889
XVIII. « Je n’ai pas dans mes mains tes petites mains blanches »
par la poste.
Juin,
Je n’ai pas dans mes mains tes petites mains blanches,Mais le juste avenir me garde des revanches ;Dans dix ans, je rirai de tes dérisions.Tu baisseras tes yeux si pleins d’impertinences,Et plus heureux que toi j’aurai des souvenances.Tu n’évoqueras pas, ô cœur sans visions,Le cortège pensif des amours disparues.Tu pourras cheminer tranquille dans les rues,On ne te suivra pas ; et, poète calmé,Je ne t’enverrai plus mes strophes coutumières ;Tu maudiras alors tes duretés premières :Tu seras vieille et laide et n’auras pas aimé.
12 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Bonheur manqué, Paris, Paul Ollendorff, éditeur, 1889· numérisation books.google.com· Sources