Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Angelus d’avril
Le vent qui siffle et courbe au loin les herbes follesÉparpillant la neige odorante des fleursSemble un souffle errant et lassé venu d’ailleursChargé d’échos lointains et d’anciennes paroles ;
Indécise, comme un aveu qui s’interrompt,Là-bas, faiblit la voix des cloches timorées,Et cette heure, comme les heures espérées,Dit ses appels indifférents qui s’enfuiront ;
La chute du soleil eut d’ironiques fêtesPour parer le couchant de pourpre vive et d’orEt c’est le crépuscule amical où s’endortLe soir ensanglanté des intimes défaites.
Dans la brise qui rampe et rase les talusSe disperse le son des cloches défaillantes,L’ombre comme une mer épand ses nappes lentes,Le jour parti s’ajoute aux jours qui ne sont plus ;
Et comme une marée abandonnant les grèvesDéferle et meurt le flot décru du vieux Passé,Et je me laisse aller indolent et lasséA l’oubli bienfaisant des rythmes et des rêves.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources