Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Defuncta
Mon rêve indifférent que nul espoir ne guideVers un but inconnu va désintéressé,Au gré du souvenir dont le souffle a passéDans le silence et dans la nuit de mon cœur vide
Aux lentes visions des horizons futursEntr’ouvrant devant moi leurs vagues perspectives,Je retrouve toujours les couleurs primitives,En les mêmes couchants dans les pareils azurs.
Les fleuves dont j’avais bu les ondes naissantesAuxquelles je trouvais, enfant, un goût amer,S’élargissent et vont disperser dans la merL’élan continué de leurs vertes descentes.
Et dans les yeux aimés où pour chercher l’oubliLe regard fatigué d’avoir trop vu se plongeVeille éternellement le décevant mensongeQue cache aussi la lèvre en l’orgueil de son pli.
Jusqu’au jour où viendra la mort qui nous délivreDu vieux mal d’espérer, je t’aime, ô bon Passé,Car je te sais bien mort dans ton néant glacéEt que je n’aurai pas du moins à te revivre.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources