Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XII. « Au nocturne cristal d’un lac morne tu mires »
Au nocturne cristal d’un lac morne tu miresTon destin d’être là sous tes lourds cheveux d’orQue frôlent les oiseaux du souffle d’un essorEt tes ailes de plume ont des frissons de lyres.
Au val triste et lacustre où le pas des SatyresInculque son empreinte au sable qu’elle mord,Reste-t-il aux glaciers adamantins encorL’écho de fêlure qu’y sonnaient les clairs rires ?
Sous leurs lèvres ta chair a rougi comme un fruit,Tes yeux plus doux que les étoiles de la NuitSouriaient aux voleurs des plumes de tes ailes ;
Et ton âme divine a saigné dans le soirOù tu songes à l’injure des mains cruelles,Debout au fond du val où le lac morne est noir.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources