Premiers poèmes, 1885‑1890· Épisodes 1888
« C’est la même tristesse encore et la même âme »
C’est la même tristesse encore et la même âmeA qui l’aube et le soir ont légué leur frisson,Le passé qui revit en les choses qui sont,La marée écumant toujours la même lame,Et la même âme encore et sa même chanson.
Vieille angoisse abritée au masque d’un sourire,La même qui pleurait au masque de ses doigtsEt se dresse aujourd’hui plus fière qu’autrefoisCambrant l’orgueil de sa blessure où l’on voit luireDe clairs rubis de sang comme aux robes des rois.
L’espoir jadis pareil à la chair vive et nueBat sous l’étoffe lourde du poids des joyauxSa tristesse leurrée au mensonge d’échosEt s’enivre de voir sur la Terre ingénueFleurir des vanités de rêves triomphaux.
15 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources