Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
VIII. « C’est pour aller vers toi, Dormeuse séculaire »
C’est pour aller vers toi, Dormeuse séculaireQui gis là mieux qu’au fond des antres souterrains,Que j’ai sanglé de cuir mes jambes et mes reinsEt que l’âpre soleil a hâlé ma peau claire.
L’obstacle des forêts a tordu sa colère,L’écume m’a caché les horizons marins,Le val d’embûches gras du sang des pèlerinsHâta mes pas recrus que la peur accélère.
C’était si loin et par delà les soirs si loin !Le château de mystère où dormait le doux soinQui fit ma vie errante, hélas ! et vagabonde
Que dans la nuit, tombé sans forces, à genoux,Je pleurais à ouïr dans la forêt profondeButer les sabots vifs des cerfs cornus et roux.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources