Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Le rire
A Sully-Prudhomme.
L’appel impérieux du jeune Amour les mèneVers le bois où dans l’or a ri l’Été vainqueur,Inébriés d’avoir bu la rouge liqueurQui chante et mousse aux bords de la coupe trop pleine ;
Ils écoutent l’aveu de la parole vaineQui fait glisser sa paix au trouble de leur cœur ;Et je reste rivé comme un Terme moqueurAu sol où l’enracine et le fixe sa gaine.
Au centre des chemins ainsi qu’un exilé,Jusqu’au soir, à l’écart, j’assiste au défiléDes couples amoureux que j’envie et j’admire,
Qui vont se retournant inquiets dans la nuit,Et prennent pour l’éclat éveillé de mon rireLe sanglot réprimé d’un regret qui les suit.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources