Premiers poèmes, 1885‑1890· Sites 1887
XVIII. « Des chiens en éveil ont hurlé toute la nuit »
Des chiens en éveil ont hurlé toute la nuitDans les cours des maisons et des fermes voisinesA la lune montrant par-dessus les collinesSa face pâle à tout jamais d’un vague ennui ;
Les vieux chênes et les sapins ont frissonnéDans l’ombre où bourdonnait le gros bruit de l’écluse,La fontaine a coulé sur sa pierre qui s’use,A chaque heure l’heure plus lugubre a sonné ;
Et dans cette insomnie et cet énervementQui me chargeaient le cœur d’une sourde rancune,J’ai goûté l’amertume et l’assouvissement
De scruter ma misère et ma vie importune,De les maudire, et j’ai pleuré, rageusement,Comme ces chiens, là-bas, qui hurlaient à la Lune.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources