Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Diane chasseresse
La course éparpillait au vent tes longs cheveuxQue cerclait sur le front l’argent d’un diadème ;La tunique, enserrant ton corps souple et nerveuxEt divin de jeunesse et de grâce suprême,Remontait en plissant un peu sur tes genoux ;L’arc détendu vibrait à tes mains meurtrières,Tu semblais, de tes yeux insensibles et doux,Suivre le cerf blessé traversant les clairièresPour s’en aller mourir, la flèche droite au flanc,Sur le bord du ruisseau qui chante sous les branchesEt qui continuera sa course, tout sanglant,En rougissant, à son passer, les pierres blanches…Je t’ai rêvée ainsi quand, le soleil couché,Au fond du parc désert où j’errais seul et triste,J’ai vu près du bassin, dans les arbres caché,Le marbre solitaire où quelque vieil artisteSans doute épris d’art grec avait représentéAvec ses attributs Diane Chasseresse.
Par cette vision sanguinaire hanté,Je l’ai mêlée à ton souvenir, ô Maîtresse,Et je marchais dans le silence et dans la paixQui descendaient sur ces feuillages impassibles,Sur les sentiers moussus et les gazons épais,
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources