Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Nocturne
Le souffle lent du soir défleurit les lilasAmoncela au pied d’odorantes jonchéesDe ces petites fleurs qui craquent sous mes pas.
Mon âme est douloureuse et mon cœur est très las.
Sur la toiture, des colombes sont perchéesAttristant l’air du soir d’un long roucoulement ;Il tombe de leurs becs des plumes arrachées.
Il neige dans mon cœur des souffrances cachées.
Au bassin, le jet d’eau rejaillit tristementRidant l’onde qui dort de cercles concentriques,Et les plantes du bord ont un tressaillement.
Au cœur les souvenirs pleurent confusément.
Voici la nuit qui vient et ses folles paniques :Le vent ne souffle plus, le ramier s’est enfui,Le jet d’eau se lamente en des plaintes rythmiques,
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources