Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
En forêt
On quitte la grand’route et l’on prend le sentierOù flotte un bon parfum d’arôme forestier.
Dans le gazon taché du rose des bruyères,Surgissent, çà et là, des ajoncs et des pierres.
Un tout petit ruisseau que verdit le cressonFrôle l’herbe, en glissant, d’un rapide frisson.
Nul horizon. Le long de cette sente étroiteUne futaie à gauche, un haut taillis à droite,
Rien ne trouble la paix et le repos du lieu ;Au-dessus, un ruban très mince de ciel bleu
Que traverse parfois, dérangé dans son gîte,Un oiseau voletant, qui siffle dans sa fuite.
Puis c’est, plus loin, une clairière à l’abandonOù noircissent encordes places à charbon ;
Des hêtres chevelus se dressent, en un groupe,Des arbres épargnés à la dernière coupe ;
De grands troncs débités s’étagent en monceau ;C’est tout auprès que prend sa source le ruisseau
Qui longe le sentier et traverse la route ;Il sort d’un bassin rond qui filtre goutte à goutte,
Où tremble, reflété comme dans un miroir,L’œil vacillant et clair de l’étoile du soir.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources