Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Épilogue
Tu viendras en un jour d’épreuve et d’amertume,Lorsque monte dans l’âme un flot de désespoir,A l’heure où dans l’azur sombre et profond du soirUne apparition d’étoiles se présume ;
Tu viendras en courbant les herbes et les fleursSous le poids de ta robe onduleuse et traînante ;Et nous irons tous deux vers l’aube consolanteVers des ciels plus cléments et des soleils meilleurs ;
En toi je trouverai tout ce que j’ai cherchéDans ce monde mauvais où l’âme se désole :Le cœur qui compatit et la voix qui console.Je me relèverai fort, le sang étanché ;
Et laisse-moi rêver qu’au bout de la prairieTu marches en courbant les fleurs et viens à moi,Et laisse-moi goûter cet ineffable émoiDe te croire si proche, ô passante chérie ;
Car tu viendras un jour, ainsi le veut le sortMiséricordieux à qui souffre et qui pleure,Oui tu viendras demain, aujourd’hui, dans une heure,O divine Inconnue et tu seras la Mort.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources