Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XIV. « Hausse la coupe d’or comme brandit un glaive »
Hausse la coupe d’or comme brandit un glaiveLe bras guerrier vêtu d’hermines et de ferEt parmi le soir mystérieux et désertOffre au vent la cendre de ce qui fut ton rêve.
La brise en confondra la poussière à la grèveCar l’âme est cinéraire à l’égal de la chair,Et mêle à l’amertume immense de la MerCette amertume où tout se résout et s’achève ;
Et dans la coupe ainsi sacrée et vide enfinVerse le flot pourpré de quelque antique vinPlus savoureux d’avoir mûri auprès des tombes.
Un hydromel d’un or ruisselant et vermeilQui rie en file de pierrerie au soleilOù viendront boire, en vols éperdus, les colombes !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources