Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Idylle
Au treillis du berceau grimpait un chèvre-feuille…L’heure était langoureuse, et j’avais espéréQue le calme et la paix de ce lieu retiréAttendriraient son cœur assez pour qu’elle veuilleAccueillir en faveur l’aveu réitéré.
C’était à ce moment de la fin des journéesOù le ciel attiédi de nocturnes pâleursSe mire aux bassins clairs endormis dans leurs fleursA mes lèvres venaient les phrases ajournées,Les supplications et les mots cajoleurs.
C’était un de ces soirs de rencontre et d’idyllesOù dans les bosquets verts on se met à genoux,Où l’on échange à demi-voix et loin de tousLes serments attendris et les propos futilesEnhardis d’un regard clément des yeux plus doux.
Alors je lui contai les fuites et les coursesAu fond des bois obscurs et des sentiers ombreux,Les promenades et les siestes, au creuxDes grottes, où s’entend le frôlement des sources,Et l’éternel désir du cœur aventureux.
Je lui vantai l’éclat des roses que l’on cueilleDans les massifs, au bas du parc, près du ruisseau…Une rougeur teintait sa joue à fleur de peau,Elle écoutait trembler au vent le chèvrefeuilleQui grimpait en feston au treillis du berceau.
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources