Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXVIII. « Il choit dans l’ombre un goutte à goutte de pétales »
Il choit dans l’ombre un goutte à goutte de pétalesJonchant l’herbe d’automne où l’eau des bassins dort,Et dans la brise pleure une dolente mortD’étés tout embaumés aux chutes de pétales.
Notre mémoire est l’onde où sombre la frivoleEt vaine floraison de notre amour d’antan,Et notre aveu d’alors flotte au souffle apportantUn écho du serment qui fut notre parole :
— Je t’aime pour tes yeux, gardiens des folles Fois ;Ne demeure-t-il pas au geste de tes doigtsUn prestige odorant d’avoir cueilli des roses ? —
Les sourires sont loin, ô bouche, que tu risEn d’autres soirs pareils où saignèrent des rosesDans l’ombre goutte à goutte aux rosiers défleuris !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources