Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXIX. « La mer, dont le grand flot change comme un miroir »
La mer, dont le grand flot change comme un miroirAu reflet successif des heures disparates,Conforme l’éclat de ses houles écarlatesAu couchant embrasé par les pourpres du soir.
Le vent a secondé les fuites sans espoir ;Le vol effarouché des barques scélératesS’éploya pour jamais au loin des grèves platesVers l’horizon qui s’enténèbre et devient noir.
Le Ravisseur emporte la Vierge nubileEt, haletant encor de sa course inutile,Le Héros devancé pleure le rapt amer ;
Tandis que, vers la nuit où s’éloignent les voiles,Flagellés par l’écume éparse de la mer,Les deux chevaux cabrés hennissent aux étoiles !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources