Premiers poèmes, 1885‑1890· Poésies diverses 1886-1890
L’absence
Je n’évoque plus rien de vous, ô chère absente.Il faut des jours bien noirs pour que mon cœur consenteA tenter un instant les risques d’un retourVers le soleil voilé de notre vieil amourQui laisse, languissant et triste, par les fentesDes nuages, filtrer ses lueurs réchauffantes,Tièdes en leurs douceurs dernières d’or paliEt qui font s’entr’ouvrir un peu la fleur d’oubli.
Parfois, pourtant, lassé du présent monotone.Je reviens en pensée à cette heure d’automneOù sous les arbres s’effeuillant dans les cheminsNous allions tous les deux en nous tenant les mainsSans voir que la saison était comme un présageQue notre amour serait rapide et de passageExhalant un parfum mélancolique et douxComme ces rares fleurs que je cueillais pour vous.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources