Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXXIX. « Que ta maison soit douce et qu’en ton jardin mûr »
Que ta maison soit douce et qu’en ton jardin mûrLe noueux espalier s’entrecroise à la treille,Que Décembre l’argente et que Mai l’ensoleille,Et que la rose soit plus haute que le mur !
Si le couchant ruisselle en flammes dans l’azurOu si l’aube au ciel pâle en souriant s’éveille,Que ta douce maison qui songe et qui sommeilleS’ouvre aux parfums légers qu’apporte le vent pur.
Que le paon ébloui et la colombe blancheQui roue en l’herbe verte ou gémit sur la brancheFranchissent librement la fenêtre et le seuil,
Et, doux de neige tiède ou froid de pierreries,Que l’oiseau de l’Amour ou l’oiseau de l’OrgueilEntrent y voir dormir l’Espoir aux mains fleuries.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources