Premiers poèmes, 1885‑1890· Poésies diverses 1886-1890
Province
L’eau des fossés baigne les talus des vergers ;L’ombre des arbres se rebrousse au bas des muraillesOù grimpent des vignes jamais vendangéesPar les passants sur ce vieux rempart planté d’un mail
Les jeunes filles ont les mêmes yeux que leurs mèresEt tout le suranné des robes de jadisD’où s’exhale un parfum d’âge, de camphre et d’étherA leur gestes maladroits d’enfant tôt grandies
Leurs éventails sont peints de fleurs et d’attributsEt de devises en volutes sur banderoles,Lents comme les ailes des colombes venuesPoser dans les vergers la fatigue de leurs vols.
Elles accoudent aux parapets de la murailleLeurs bras, et de leurs mains s’effeuillent des bouquets,Ou vont s’asseoir sur les bancs de marbre du vieux mailSursautant au heurt des boules entrechoquées.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources