Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXXII. « L’An qui s’éveille ouvre les portes de l’Année »
A Mme. R. de B.
L’An qui s’éveille ouvre les portes de l’Année !En son manteau tissé de songes et de joursIl voit, fils déjà las de l’antique Toujours,Que le jardin du Temps fleurit sous l’aube née.
Chacun y va cueillir sa propre destinéeSous l’étoile propice ou sous l’astre en décoursEt moissonner, avec des doigts subtils et lourds,La fleur du népenthès ou de la solanée.
L’aurore sur vos pas aura de nobles soirs ;Les Heures, à vous-même, en leurs calmes miroirs,Vous reverront, tenant une fleur et sourire ;
Car vous avez, au lieu des bouquets éclatantsQue fait leur vil parfum ensuite les maudire,Cueilli la fleur du Songe en les jardins du Temps.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources