Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
La grappe
L’Aurore impériale et sa pourpre ont passé…FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN(Les Cygnes.)
O chère, qui connais le rêve dont je meurs,Moi qui voudrais cueillir des raisins d’or aux treilles,Assoiffé d’impossible et rêveur de merveillesJ’ai fait longtemps en vain le geste des semeurs.
Romps la paix oublieuse et calme où tu sommeillesVaguement souriante à des songes charmeurs ;Le vent des frais matins promène ses rumeursEt la nuit s’éclaircit pour les aubes vermeilles ;
Allons vers la colline où nous guide l’Espoir,Vers la colline douce et de mes mains plantée,Chercher le fruit promis et la grappe enchantée ;
Et, si rien n’a germé, nous descendrons, le soir,Peur guetter en la foi d’attentes puérilesLe retour régulier des Aurores stériles.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources