Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Renouveaux
J’ai promené mes pas parmi les abandonsDes lieux inhabités d’où la vie est absente,Et dans leur solitude encore frémissanteVibre l’écho de voix que seuls nous entendons ;
Les lieux inhabités d’où la vie est absenteGardent le souvenir des lointaines gaîtés,Comme l’Automne garde un peu des chauds ÉtésDans son calme attiédi de saison finissante ;
Gardant le souvenir des lointaines gaîtés,Les parcs ensevelis sous le lierre et les moussesSont pleins de songerie et de tristesses doucesQui bercent lentement les esprits irrités ;
Les parcs ensevelis sous le lierre et les moussesTristes infiniment de l’hiver approchant,Ont leurs jours de réveil quand le soleil couchantDore l’éclosion folle des jeunes pousses ;
Tristes infiniment à l’hiver approchant,Les vieux parcs ont aussi leurs renouveaux splendides ;L’épanouissement des verdures candidesOù le vent de la nuit soupire comme un chant.
Bénissons le retour des renouveaux splendidesPar qui les cœurs lassés un jour sont rajeunis,Où dans le gonflement des espoirs infinisLes yeux n’ont plus de pleurs et les fronts plus de rides.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources