Premiers poèmes, 1885‑1890· Épisodes 1888· Paroles dans la nuit
« La Terre douloureuse a bu le sang des Rêves »
La Terre douloureuse a bu le sang des Rêves !Le vol évanoui des ailes a passé,Et le flux de la Mer a, ce soir, effacéLe mystère des pas sur le sable des grèves.
Au delta débordant son onde de massacrePierre à pierre ont croulé le temple et la cité,Et sous le flot rayonne un éclair irritéD’or barbare frisant au front d’un simulacre.
Vers la forêt néfaste vibre un cri de mort ;Dans l’ombre où son passage a hurlé gronde encorLa disparition d’une horde farouche ;
Et le masque muet du Sphinx où nul n’expliqueL’énigme qui crispait la ligne de sa boucheRit dans la pourpre en sang de ce coucher tragique.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources