Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXIV. « Le blanc cheval marin qui cambre son poitrail »
Le blanc cheval marin qui cambre son poitrailD’ivoire mat et semble hennir à la proueSous le fouet aigu des écumes s’ébroue,Et Tristan vêtu d’or s’accoude au gouvernail.
Sous la tente qui s’ouvre en roideur de camail,Au souffle rauque de la mer qui la secoue,Iseult, pâle, dont la guirlande se dénoue,Tressaille au choc de ses pendeloques d’émail.
Profond comme la mort et l’amour qui l’a priseLe murmure des flots l’épouvante et la grise,Et le philtre a rougi les lèvres du Héros.
Terre ! et des chefs casqués d’un cimier d’ailes noires,Dans la corne sonore et torse des taureaux,Sonnent pour son accueil du haut des promontoires.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources