Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXXVI. « Le grand miroir qui miroite ses eaux lointaines »
Le grand miroir qui miroite ses eaux lointainesNe mire plus que l’ombre où le silence dort,Tandis que, sur son socle et debout, saigne encorUn marbre douloureux qui de pourpre se veine.
Glaives en leurs fourreaux et dagues dans leurs gainesEntrecroisent en croix un quadruple éclair d’or ;Un mufle de lion, ciselé, ronge et mordLe double anneau qui pend au lourd coffret d’ébène.
Entre. Voici la clef. Laisse le coffre obscur ;Qu’importe qu’une cendre y dorme ? Au clou du murArrache le faisceau que l’amour y forgea.
La statue a souri ; frappe-la de l’épéeCar son marbre rougi semble saigner déjàDu coup mystérieux dont tu l’auras frappée.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources