Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXXV. « Les pierres ont usé l’or terni du cothurne »
A Claude A. Debussy.
Les pierres ont usé l’or terni du cothurne,La crosse du bâton a crispé ta main lasse,Soir sur soir ! et tes pas ont erré sur la trace,Du seuil de la maison jusqu’au bois taciturne.
N’as-tu cueilli les pâles fleurs pour orner l’urneOù la cendre des jours se résout et s’amasse ?Le sort miséricordieux t’a fait la grâceDe voir l’Étoile enfin levée au ciel nocturne !
Écoute — l’eau, le vent, l’ombre — toute ton âmeFrissonne, s’assimile, végète et s’exclamePar les cuivres puissants et les cordes magiques,
Et la Musique, au fond des soirs où tu te songes,Dominateur enfin des destins léthargiques,Tisse de tes Passés la trame de tes Songes !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources