Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Soir
Plus rien au cœur que le regret lent d’un passéQui dans l’éloignement se voile de mystère ;Plus rien au cœur que le frisson involontaireDevant un horizon monotone et glacé.
Nudité de la Vie où l’Espérance morteGît sous le froid linceul des feuillages tombés,Où la main radieuse et jeune des HébésNe fait plus ruisseler le vin qui réconforte ;
Tristesse des chemins sous les ciels gris d’hiverOù le décharnement des arbres se profile,Où sur les talus bas saute la longue fileEn marche des corbeaux croassant bec ouvert ;
Abattement des soirs dans les chambres ferméesQu’illumine l’éclair rougeoyant des charbons,Soirs que n’anime plus le regard des yeux bonsEt l’accent familier des paroles aimées…
Et, rêveur attristé de renouveaux promis,J’évoque le retour possible des vieux rêves,Le gonflement du bois au flux des bonnes sèvesEt la voix consolante et les regards amis.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources