Premiers poèmes, 1885‑1890· Épisodes 1888· Jouvence
« Nous voguions sur des mers de nuit et de colères »
Nous voguions sur des mers de nuit et de colères,Loin de la Terre et de l’Éternelle SaisonOù l’or de tes cheveux fut la seule moisson,Loin des Jardins fleuris et des Jouvences claires ;
L’évanouissement de rives et de chosesDouces et mortes et plus lointaines toujoursNous fit pleurer tous deux, et des arômes lourdsParfumaient notre exil de mémoires de roses ;
L’enfantin Paradis qu’un caprice dévaste,Du mauvais sortilège et de l’ombre néfaste,Filet mystérieux où trébucha ma foi,
Surgit comme au lever des aurores premières,Et revoici, telles qu’alors, toutes pour Toi,Guirlande à la fontaine et torsades trémières !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources