Premiers poèmes, 1885‑1890· Poésies diverses 1886-1890
Statue
L’ombre s’amasse au creux des paupièresEt la statue étrange est plus morte ce soirEt se recule et craint le miroirDu lac qui mirerait, pâleur d’antiques pierres,Le marbre vieux, épouvanté de se revoirSi lointain en les eaux funéraires
L’allure a des hâtes d’amoureuse,Les donatrices mains sont veuves de bouquets ;A l’horizon en fuite à l’angle des bosquets,Originelle et mystérieuse,Monte un songe de Terre à des ors de Palais.
Par dela les exils, Déesse, et dans les tempsVenue autrefois cueillir des rosesEt te rire aux clartés limpides des étangs,Le geste de jadis se garde aux mêmes poses ;Un rythme médite aux pas saltantsMais l’ombre est du silence au pli des lèvres closes.
L’ombre ferme les yeux, l’ombre scelle la bouche ;Au marbre l’écho du cœur est mort,Et le passé muet s’effaroucheDu risque de revoir en l’eau qui songe et dortSon sourire apparu parmi les feuilles d’or.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources