Premiers poèmes, 1885‑1890· Les lendemains 1885
Résignation
Mes rêves n’ouvrent plus leurs ailes toutes grandesPour m’arracher aux temps détestés où je vis,Et pour bercer mes longs espoirs inassouvisJe ne recherche plus le calmant des légendes
Où l’on voit les grands dieux ceints d’immortalitéSavourer le loisir d’une éternelle fête,Dans le contentement de la beauté parfaite,Et le repos de leur pouvoir illimité.
Car pourquoi désirer des soleils plus splendides,Des flots plus transparents, des horizons plus bleus,Et le retour d’un monde et d’un temps fabuleuxTout parfumés de lys odorants et candides ?
N’ai-je pas, pour calmer mes maux et mes douleurs,Et pour chasser le spleen qui sur mon front bourdonne,La douceur des baisers que ta lèvre me donneEt tes yeux purs et doux comme deux sombres fleurs ?
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources