Premiers poèmes, 1885‑1890· Les lendemains 1885
Veneri Benevolenti
Vénus ! j’adore en toi l’immuable beautéQui s’incarne à jamais en ta forme complète,Et j’admire tes yeux sereins où se reflèteLa mer mystérieuse où ton corps a flotté ;
Mais lorsque je te vois, inaltérable et fière,Dans ta grâce indicible et ton charme vainqueur,Je sens secrètement se glisser dans mon cœurL’effroi de ta splendeur divine et meurtrière.
Car, bien souvent, j’en vois qui s’en viennent pleurerA tes pieds du tourment d’idéal qui les hante,Et meurent du désir de l’impossible Amante.Tu n’as pas de regards pour qui veut t’implorer.
Tu restes insensible à ces larmes humainesDont monte jusqu’à toi l’intarissable flot,O Vénus, sans jamais qu’un rire ou qu’un sanglotDesserre la rigueur de tes lèvres hautaines.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources