Premiers poèmes, 1885‑1890· Les lendemains 1885
Rêve d’un passant
Le hasard près de vous, un jour, m’a fait passer,La rencontre fut courte et la minute exquise,Je suis parti, rêvant de vous avoir conquise,Avec un grand désir de vous bien enlacer ;
Et nous serions partis, sans crainte ni tristesse,Sans nous connaître encor, mais tous les deux certainsDe voir devant nos yeux s’ouvrir de gais matinsEnsoleillés d’amour, d’espoir et de jeunesse ;
Et si vous le vouliez nous n’irions pas bien loin,Peut-être craignez-vous les longues traverséesEt les houleuses nuits par les vagues bercées ?Je sais pour t’abriter un adorable coin.
Dédaignant les pays où trop de jour flamboie,Ce serait sous un ciel à peine nuancéQue nous irions finir le rêve commencé,Le rêve délicat de tendresse et de joie ;
Ce serait à deux pas, tout au cœur de Paris,Dans un de ces logis frais où l’amour s’affine,Que je voudrais glisser à ton oreille fineLes murmures des longs serments jamais taris.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources