Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Souvenir pur
Ilest des souvenirs errants que le passéDe son ombre oublieuse et persistante voile,Leur apparition a des lointains d’étoileEt des lueurs d’aurore au fond du ciel glacé.
Mais il en est dont la venue est redoutée,Qui conservent en eux un douloureux attrait,Comme un charme cruel et cher de vieux portraitA la voix mensongère autrefois écoutée.
Il en est évoquant l’angoisse des jours closEt de soirs assombris de deuils et de sanglots,Le cœur se rajeunit avec eux et se brise.
Ton souvenir, ô douce amie, a la fraîcheur,Et l’éclat virginal et la beauté préciseEt le contour sculpté du marbre et sa blancheur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources