Premiers poèmes, 1885‑1890· Poésies diverses 1886-1890
Stances
Le Désespoir fleurit sur tes autels de jaspe,O Songe ! et la colère y fume en hautes torches ;L’Orgueil est nu sous l’or qui d’un faste le drapeEt le vent de la mer entre par les trois portes.
La terre délaissée autour du temple videIsole pour jamais son ombre auprès de lui ;Le couchant refroidi à l’occident oxydeSes funestes métaux de Nuée et de Nuit ;
Et le fleuve désert entre les routes blanchesDe la poudre des temps, des jours et des vains soirsRoule ses ternes eaux, taciturnes et lentes,Que ne remontant plus le Regret et l’Espoir
La terre est triste, ô songe, et ton temple de jaspeAccueille les vaincus du mal pâle de vivre,Et les trois marches d’or, de bronze et de basalteExhaussent ton seuil dur et ton sévère asile,
Refuge de l’Orgueil et du Désespoir morneCourbés au fond des soirs qui n’auront que des nuits,Autel mystérieux de l’ultime concorde,Où s’abjure le soin des antiques ennuis.
Les débris de la Lyre, hélas et de la LanceAttestent l’Essai nul et le Destin amer,Et le cri des vivants a remis au silenceSon grief oublié du Ciel et de la Mer !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources