Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXI. « Sur le double bâton coupé dans la forêt »
Sur le double bâton coupé dans la forêtL’Aveugle paternel et sa Compagne pâleRôdent par les chemins de la terre fataleOù la Sphinx au passant proposa son secret.
L’oracle avait prédestiné d’un morne arrêtLe meurtre inévitable et la couche natale ;Et la pierre thébaine aiguë à la sandaleBlesse le pied jadis que le marbre mirait.
Au nom des Dieux, on a chassé vers l’exil sombre,Antigone, ce noir destin de sang et d’ombre,Toute cette vieillesse insultée en tes bras !
Et l’âpre vent hargneux semble, de son courroux,En fuite, dans le soir, pousser devant vos pasQuelque bétail sacré que mordent des chiens roux.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources