Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
XXII. « Un sortilège obscur a taché du flot noir »
Un sortilège obscur a taché du flot noirD’un Styx où j’ai trempé mes mains pleines de ; rosesCette chair qui se crispe de frissons morosesEt s’obstine au refus d’espérer en l’espoir.
Les souples fleurs, jadis aux doigts de la DéesseTrès douce qui ceignit mon front de leur beauté,Autour de ma tête ont tordu la cruautéD’une étreinte qui se resserre et qui la blesse.
Et tout baiser me fut morsure, et tous rubisComme une flamme me brûlèrent ; les brebisFurent noires dont les laines sont mes habits ;
Et les fruits de mon champ, faut-il que je les vendePour payer le prix dû justement que demandeLa fileuse du Styx, la sombre Tisserande ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources