1la article féminin
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Voy. LE.
Voy. LE.
Voy. LE.
1Terme de musique. La sixième note de la gamme d'ut ou de la gamme ordinaire.
Nom du signe qui représente cette note.
2Nom de la seconde corde de quelques instruments. Remettez un la à ce violon.
Les cordes sur les instruments à manche, à touche, comme le violon et la guitare, se comptent à partir de la plus haute. La première dans le violon est le mi, la seconde le la, la troisième le ré, la quatrième le sol ; le la est le nom de la première ou chanterelle dans l'alto, dans le violoncelle et la contre-basse De là vient que pour s'accorder les musiciens donnent ou reçoivent le la, parce que c'est une corde commune à tous les instruments. Donnez-moi le la. Avez-vous le la ?
Voy. pour l'étymologie FA.
1Il se dit, par opposition à ici, d'un lieu considéré comme différent de celui où l'on est. Allez-vous-en là, je vous attendrai ici. D'ici là on compte deux lieues.
2Il se dit aussi d'un lieu qu'on désigne d'une manière expresse. C'est là qu'il demeure.
J'aime autant être ici qu'ailleurs ; qu'est-ce que cela fait d'être là ou là ? on s'aime partoutMarivaux, Double inconst. II, 9
Mon Dieu est là, et il montra le ciel ; ma loi est là dedans, et il mit la main sur son cœurVoltaire, Jenni, 7
La nature a dit : tu iras là, jusque là, et pas plus loin que làDiderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 183
3Il se dit de même en parlant du temps. Revenez demain ; d'ici là, j'aurai arrangé votre affaire.
4Il se dit pour représenter démonstrativement un ou plusieurs membres de phrase et signifie en cela.
Que Pierre, après l'infortune de Narva, s'occupât à joindre par des canaux la mer Baltique, la mer Caspienne et le Pont-Euxin, il y a là plus de gloire véritable que dans le gain d'une batailleVOLTAIRE, Russie, I, 12
5Mis au commencement d'un membre de période, il ne marque que la différence des lieux, sans aucun rapport au plus ou au moins de distance.
6Il se place devant quelques adverbes de lieu pris au sens physique ou au sens moral. Là-haut. Là-bas. Là-dessous. Là-dessus. Là dedans. Là dehors. Là auprès. Là contre (voy. HAUT, DESSOUS, DESSUS, DEDANS, CONTRE, BAS).
Je n'entre pas là dedans, je n'examine pas cela, je ne m'occupe pas de cela.
Peut-être interprètent-ils Jansénius trop favorablement ; mais peut-être ne l'interprétez-vous pas assez favorablement ; je n'entre pas là dedansPASCAL, Prov. XVII
Terme de chasse. Là haut, là bas ! Lorsqu'on est dans un fond, et que les chiens montent une côte ou un rocher, on dit, en leur parlant : il va là haut, ha, là haut ! et quand on est sur une montagne et que les chiens descendent, on dit : il va là bas, ha, là bas !
7Çà et là, voy. ÇÀ.
8Là se met à la suite des pronoms démonstratifs et des noms, pour les désigner plus précisément.
Eh ! que cette Marine-là est une grande scélérate !Lesage, Turcaret, II, 3
Ah ! mon cher ange, ce M. Turgot-là est un homme bien supérieur ; et, s'il ne fait pas de la France le royaume le plus florissant de la terre, je serai bien attrapéVoltaire, Lett. d'Argental, 1er juillet 1775
Rencontrez-vous quelquefois frère Thiriot ? je voudrais bien savoir pourquoi je ne peux pas tirer un mot de ce paresseux-làVoltaire, Lett. d'Alembert, 8 mai 1764
En ces emplois, là s'unit par un tiret au pronom ou au nom ; mais on ne met pas de tiret quand le mot auquel se rapporte là en est séparé par quelque apposition. Ce marchand de vin là est très bien assorti. Ces preuves de bonté là sont rares.
9Là employé par une espèce de redondance et pour donner plus de force au discours.
Que me dites-vous là ? dit alors Destin fort inquietScarron, Rom. com. II, 14
Allons, j'avais grand besoin que ce fût là DoranteMarivaux, Jeux de l'amour et du hasard, II, 12
On sent bien que c'est là le rhéteur qui parle ; s'il avait été un peu philosophe, il aurait vu l'absurdité de ce qu'il avanceVoltaire, Fragm. sur l'hist. art. 12
10Dans le style familier et explétivement, là se dit quand on insiste sur quelque circonstance, quand on excite l'attention ou le souvenir de celui à qui l'on parle.
Mais dites-nous avec sincérité, Franchement, là.... quelle heureuse aventure Vous a fait venir dans ces lieux ?Regnard, Folies amour. Prologue.
Avez-vous de l'amour pour elle, là, ce que l'on appelle de l'amour ; ce n'est pas de l'amitié que j'entendsMarivaux, Pays. parv. 3e part.
Là, mon héros, mettez la main sur la conscience ; vous avez fait serment devant Dieu de donner votre voix au plus digneVoltaire, Lett. Richelieu, 4 févr. 1771
11Là signifiant à ce point, à ce parti, à cette chose. S'en tenir là. En demeurer là. En venir là.
Au reste, j'en suis maintenant là que je vois, ce me semble, assez bien de quel biais on se doit prendre à....Descartes, Méth. VI, 3
En rester là, voy. RESTER.
Laisser là, voy. LAISSER, n° 1.
Planter là, voy. PLANTER.
12Là, joint à la préposition de, marquant la distance de lieu ou de temps.
À cinq ou six cents pas de là venait SisigambisVaugelas, Q. C. liv. III, dans RICHELET
De là à quelques années, Ptolomée fit porter le corps d'Alexandre à AlexandrieVaugelas, ib. liv. XX, ch. 10, dans RICHELET
De là, c'est-à-dire de cela, de cette cause, par cette raison.
De là que, parce que (cet emploi vieillit). De là que cet homme a eu quelques torts, ne le croyez pas méchant.
13De là ou delà, prépos. Voy. DELÀ.
14Dès là, voy. DÈS.
15Jusque-là, voy. JUSQUE.
16Par-là, voy. PAR.
Par-ci par-là, voy. PAR.
17Là, construit avec vers. Vers là, de ce côté.
Ouvrant ceux de ces pores qui regardent vers làDescartes, l'Homme.
18Là où, dans le lieu où.
....Jusqu'à ce qu'elle eût des nouvelles du roi son mari, qui s'est sauvé d'Angleterre, et l'on ne sait encore là où il estMme de Sévigné, 27 déc. 1688
Là où, dans le cas où.
En fait de mots, l'analogie n'a lieu que là où l'usage l'autorise,BEAUZÉE
Là serait plus exactement défini nom de lieu pris adverbialement ; sa signification, qui exprime un lieu, et son étymologie le montrent.
Bourg. lai ; nivern. let ; provenç. lay, lai, la ; anc. catal. lay ; espag. ella ; portug. lá ; ital. là ; du lat. illac, par là, de ille (voy. IL) : illac est illâ-ce (parte).
1Le est l'article du nom masculin au singulier ; l'e s'élide devant une voyelle ou une h muette. Le livre, l'homme, l'épi.
Ah ! ruban tant qu'il vous plaira ; mais ce le où elle [Agnès] s'arrête n'est pas mis pour des prunes ; il vient sur ce le d'étranges pensées, ce le scandalise furieusement ; et, quoi que vous puissiez dire, vous ne sauriez défendre l'insolence de ce leMolière, Crit. de l'Éc. des f. 3
La est l'article du nom féminin au singulier ; l'a s'élide devant une voyelle ou une h muette. La lune, l'âme, l'heure.
Les est l'article du pluriel ; et il est commun aux deux genres. Les livres, les roses.
2Si la préposition de ou à se trouve devant l'article masculin au singulier, et que le nom suivant commence par une consonne ou par une h aspirée, on change de le en du, et à le en au : du mois ; au mois ; du héros ; au héros.
Si le nom commence par une voyelle ou par une h non aspirée, la préposition et l'article n'éprouvent aucun changement ; mais l'article, soit masculin, soit féminin, s'élide : de l'enfant ; à l'enfant ; de l'honneur ; à l'honneur ; de l'amitié ; à l'amitié.
Au plur. Pour de les on dit des, et pour à les on dit aux : des héros ; aux héros ; des enfants ; aux enfants ; des femmes ; aux femmes.
3On répète l'article devant des substantifs qui sont unis par la conjonction et : le père et la mère. Cependant, on dit quelquefois, sans le répéter : les père et mère.
4On répète l'article avant plusieurs adjectifs qui modifient un substantif.
Voilà l'unique et la grande règle qu'il suivaitBourdaloue, Pensées, t. II, p. 45
L'utile et la louable pratique, de perdre en frais de noces le tiers de la dot qu'une femme apporte !La Bruyère, VII
Cette répétition est obligatoire quand les adjectifs expriment des idées tout à fait distinctes : Les bonnes et les mauvaises actions qu'il a faites.
Mais elle n'est pas obligatoire quand les idées exprimées par les adjectifs n'ont rien qui se contredise ou s'oppose : Voilà l'unique et grande règle qu'il suivait. L'utile et louable pratique. L'humble et timide innocence.
5On peut mettre l'article devant un adjectif avec le substantif sous-entendu, quand le substantif vient d'être énoncé avec un autre adjectif.
On ne vous a pas laissé ignorer l'histoire grecque ni la romaineBossuet, Hist. Préf.
L'un a les affaires de la terre et l'autre les maritimesLa Bruyère, VIII
Elles se bornent aux choses présentes et nous font perdre de vue les éternellesMassillon, Mystères, Incarn.
6Les se met devant les nombres de jours, d'heures, etc. pour indiquer une certaine approximation ou latitude.
Dans ces étranges sublimités, où ils [les mystiques] passent tranquillement les dix et les vingt ans sans seulement penser à lui [Jésus-Christ] ni à aucun de ses étatsBossuet, États d'oraison, II, 5
Le vent étant tombé vers les huit heures du soirChateaubriand, Itin. 1re part.
7L'article au pluriel peut se mettre devant les noms propres d'une façon emphatique, sans idée de pluralité, et alors en effet on ne leur donne pas la marque du pluriel. Les Bossuet, les Racine ont été la gloire du siècle de Louis XIV.
Il s'y joint aussi avec le sens de pluralité ; alors on leur donne la marque du pluriel. Les Virgiles sont rares, c'est-à-dire les poëtes tels que Virgile.
Il se met devant un nom de famille, pour indiquer la famille entière. Les Stuarts. Les Bourbons. Les Corneilles étaient frères. (voy. NOM PROPRE).
Je connais les Brassacas ; c'est une des meilleures familles de la GaronneDancourt, Prix de l'arquebuse, sc. 18
8L'article se met encore devant un nom propre pour l'indiquer comme un type, un représentant d'une classe.
Personne ne respecte plus que moi saint François Xavier ; c'était un Espagnol animé d'un zèle intrépide ; c'était le Fernand Cortez de la religionVoltaire, Mél. hist. Mensong. impr. 32
9L'article se met devant plusieurs noms italiens. Le Titien, le Corrége, le Tasse, l'Arioste.
Cela soit dit pourtant sans offenser le Tasse, que je ne puis oublier sans être une ingrateMme de Sévigné, 353
On dit aussi le Poussin, bien qu'il soit français ; mais son long séjour en Italie a fait que l'article s'est joint à son nom.
Les Italiens sont le seul peuple de la terre chez qui on accorde l'article le aux auteurs : le Pulci, le Bojardo, l'Arioste, le Tasse ; mais on n'a jamais dit, chez les Latins, le Virgile ; ni chez les Grecs, l'Homère ; ni chez les Asiatiques, l'Ésope ; ni chez les Indiens, le Brama ; ni chez les Persans, le Zoroastre ; ni chez les Chinois, le ConfutzéVoltaire, Lett. abbé Foucher, 30 avril 1769
Ne dites pas le Dante ; les Italiens ne mettent l'article qu'avec le nom de famille : le Tasse, l'Arioste, et non avec le nom de baptême ; or Dante, abrégé de Durante, est un nom de baptême ; quand les Italiens mettent l'article au nom de ce poëte, c'est qu'ils le nomment de son nom de famille : l'Alighieri.
10L'article se joint quelquefois aux noms propres quand on parle soit familièrement, soit légèrement, de personnes qui ont une notoriété.
La l'Esvile lui dit qu'au lieu de lui faire des excuses....Scarron, Rom. com. I, 23
Quittons la Bretagne, et parlons de Grignan, parlons de ces frères qui reviennent toujours au gîte ; ce qui m'étonnait, c'est que le Carcassonne en fût sortiMme de Sévigné, 2 août 1689
On se permet quelquefois de mettre l'article à des noms propres, et surtout en parlant de certaines femmes extrêmement connues, soit en bien soit en mal ; ainsi l'on dira la Champmeslé, fameuse actrice ; la Brinvilliers, célèbre empoisonneuseD'OLIVET, Ess gramm. ch. II, § 2
Il [Molière] partit de Lyon pour les états du Languedoc avec une troupe assez complète, composée principalement de deux frères nommés Gros-Réné, de Duparc, d'un pâtissier de la rue Saint-Honoré, de la Dupare, de la Béjart et de la BrieVoltaire, Vie de Molière.
La boutique de la Duchapt, célèbre marchande de modesJ.-J. Rousseau, Conf. VII
11Quand on cite en latin un titre d'ouvrage qui est féminin en cette langue, plusieurs y joignent néanmoins l'article masculin le.
Ils [Scévole et Louis de Sainte-Marthe] composèrent ensemble le Gallia christianaVoltaire, Louis XIV, Écriv. Sainte-Marthe.
D'autres suivent le genre du latin : la Gallia christiana.
Les naturalistes sont convenus de mettre toujours le devant les noms latins de plantes et d'animaux, lors même que ces noms sont féminins en latin : le nymphaea alba, L.
12À la, à la façon de. À l'anglaise.
Pour parler à la MontesquieuJ.-J. Rousseau, Conf. VIII
13L'article se dit quelquefois au vocatif, familièrement, et quand on s'adresse à quelqu'un dont on ne sait pas le nom. Hé ! l'homme, venez ici.
14Le, la, les, sert à former le superlatif. Le plus sage des hommes. Le meilleur des hommes. La pire des conditions. La plus douce consolation d'un homme de bien affligé est la pensée de son innocence. Quoique cette femme montre plus de fermeté que les autres, elle n'est pas la moins affligée. Les animaux les plus féroces.
Il ne faut pas se flatter, les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales ; mais que nous nous pardonnons aisément nos fautes quand la fortune nous les pardonne ! et que nous nous croyons bientôt les plus éclairés et les plus habiles quand nous sommes les plus élevés et les plus heureux !Bossuet, Reine d'Angl.
Dans ce superlatif le devient invariable, formant avec plus ou moins une sorte d'adverbe, quand le superlatif indique excès, non comparaison. Cette scène est une de celles qui furent le plus applaudies. La lune n'est pas aussi éloignée de la terre que le soleil, lors même qu'elle en est le plus éloignée.
Ceux que j'ai toujours vus le plus frappés de la lecture des écrits de ces grands personnages [les auteurs grecs et latins], ce sont des esprits du premier ordreBoileau, Lett. à Perrault
Ceux mêmes qui s'y étaient le plus divertis ont eu peur de n'avoir pas ri dans les règlesRacine, Plaid. Préf.
C'est dans le temps que les grands hommes sont le plus communs, dit Tacite, que l'on rend aussi le plus de justice à leur gloireTHOMAS, Essai sur les éloges.
Dira-t-on : les opinions les plus ou le plus généralement suivies ? La réponse dépend de l'intention de celui qui parle, ou de ce qu'il veut faire entendre. Des opinions peuvent être plus ou moins généralement suivies ; si c'est là ce que vous entendez, le, relatif à l'adverbe, sera invariable comme lui, et le plus signifiera le plus qu'il est possible. Si vous avez en vue d'autres opinions plus suivies que celles-là, et que vous vouliez indiquer cette comparaison, c'est au nom que doit se rapporter l'article, et vous direz : les plus suivies. Par suite de ce qui vient d'être établi, ce sera une faute de dire : les opérations le mieux combinées de la campagne, par cela même qu'il y a ici comparaison ; il faudra dire : les mieux combinées (LAVEAUX). Ainsi on dira : Les arbres les plus hauts sont les plus exposés à la tempête, parce que le rapport du superlatif est déterminé ; mais on dira : On a abattu les arbres le plus exposés à la tempête, parce que le rapport n'est pas déterminé. C'est par la même raison qu'on dira : Les parures les plus à la mode sont celles dont je viens de vous parler, et Les parures le plus à la mode ne conviennent pas aux femmes âgées. On dira : Les Égyptiens et les Chaldéens sont les nations les plus anciennement policées ; mais on dira : Les monuments des nations le plus anciennement policées.
Si le superlatif relatif précède son substantif, un seul article suffit pour l'un et pour l'autre : Le plus célèbre orateur qu'aient eu les Romains est Cicéron. Mais si c'est le substantif qui précède le superlatif, il faut mettre un article à l'un et à l'autre : le triomphe le plus beau. Par licence poétique, Molière et Racine n'ont pas observé cette règle :
Quand il y a deux superlatifs de suite, on répète l'article : les plus méchants et les plus décriés personnages. Cependant on peut quelquefois supprimer le second article.
15Au singulier, l'article s'emploie pour parler en général. L'homme est le roi des animaux. La bête n'est point, comme le prétendait Descartes, un automate. La plante meurt sur le lieu où elle a vécu.
16Au sens général, l'article se supprime quelquefois. Contentement passe richesse. Cette suppression se fait surtout dans des locutions proverbiales ; on ne peut guère s'en servir ailleurs que par assimilation à ce genre de locutions. Au contraire, dans l'ancienne langue, elle était de règle.
17L'on, voy. ON.
18L'un ou un, voy. UN.
Provenç. lo, le, los, les, la, las, et aussi li au pluriel masculin ; espagn. lo, los, las ; port. o, os, a, as ; ital. lo, la, i, gli (anciennement li), le ; du lat. ille, illa, illi, illae, illos, illas. Il est singulier que ille ait laissé tomber la syllabe accentuée pour ne garder que celle qui ne l'était pas ; peut-être cela s'explique-t-il parce que, passant au rôle d'article, il est toujours proclitique et non accentué dans la phrase.
1. LE, LA, LES, art. Ajoutez : - REM. 1. L'article est-il bien employé dans cette phrase-ci : La difficulté est que la se rapporte à tête pris d'une façon indéterminée. Mais cette règle n'a une vraie autorité que quand la violer nuit à la clarté. Ici le sens ne souffre pas ; et M. B. Jullien, Grammaire, p. 249, approuve la phrase de Voltaire. 2. Au XVIIe siècle, on pouvait supprimer l'article dans les expressions superlatives.
1Le premier (le) est pour le genre masculin, le second (la) pour le féminin, le troisième (les) pour les deux genres au pluriel ; ils accompagnent toujours un verbe, et se distinguent en cela de l'article, qui accompagne constamment un nom. Connaissez-vous cet homme ? je le connais. Voyez-vous cette dame ? je la vois.
On dit que l'abbé Roquette Prêche les sermons d'autrui : Moi qui sais qu'il les achète, Je soutiens qu'ils sont à luiBoileau, Épigr. XLI
2Le, la, devant un verbe qui commence par une voyelle ou une h muette, s'élident. Je le vis, je l'aimai. Je la reconnus, je l'appelai. Je l'honore beaucoup.
Si les particules en et y suivent le ou la, on y met toujours l'apostrophe, comme : Il est en peine, ou elle est en peine, ne l'y laissez pas, tirez l'en au plus tôt.
3Ce pronom précède toujours le verbe dont il est le régime : je le vois, je l'ai vu ; excepté à l'impératif, ou il se place après : prends-le, lisez-le, aimez-les.
Mais, si l'impératif est accompagné d'une négation, le pronom se place devant le verbe : ne le donnez pas.
Quand le pronom le, la, les, se trouve régime d'un même verbe avec les pronoms me, te, nous, vous, il se met après ces pronoms : je me le promets ; je te l'assure ; il nous la rendra. Avec lui il se met avant : je le lui promets. Avec y et en il se met avant : je l'y laisserai ; je l'en chasserai.
4Le, la, les, se répètent avant chacun des verbes dont ils sont les régimes.
Il y a pourtant quelques exemples où il n'est pas répété.
5Lorsqu'il tient la place d'un nom, soit commun, soit propre, il se présente sous les mêmes formes que ce nom ; c'est-à-dire qu'on met le si le nom est masculin, la s'il est féminin, et les s'il est au pluriel. Est-ce là votre voiture ? oui ce l'est, c'est-à-dire c'est elle. Est-ce votre livre ? oui ce l'est, c'est-à-dire c'est lui. Est-ce là votre maison ? ce la fut, c'est-à-dire elle m'appartenait jadis. Est-il sept heures ? il les est.
Si c'est effacer les sujets de haine que vous avez contre moi, que de vous recevoir pour ma fille, je veux bien que vous la soyezLa Fontaine, Psyché, II, p. 212
Il lui faut pour son honneur Contrefaire la furie ; Celle-ci la fut vraimentLa Fontaine, Cand. (l'édit. de Walkenaer a le).
Comme si elle eût dit : ce m'est beaucoup d'honneur, à la vérité, d'être mère du Messie ; mais si je la suis....Bossuet, 2e serm. Comp. de la sainte Vierge, 1
Pluton : Hé bien ! nous donnerez-vous l'explication des paroles qui sont sur vos tablettes ? - Brutus : Volontiers ; regardez bien ; ne les sont-ce pas là ? - Pluton : Ce les sont là elles-mêmesBoileau, Héros de roman.
[Mme de Noailles] Ce fut la première et l'unique dame d'atours duchesse, et la demeura jusqu'à la mort de la reine-mèreSaint-Simon, 46, 30
Mme d'Épernon répondait qu'elle n'était plus rien que carmélite, et qu'en se la faisant elle avait renoncé à toutSaint-Simon, 97, 28
Crispin : J'ai une lettre qui vous expliquera toute chose. - Le chevalier : Voyons donc, donne-la-moi ; l'est-ce là ?Dancourt, Chev. à la mode, II, 9
Quand on vous demande : êtes-vous les personnes que je vis hier à la comédie du Barbier de Séville, dans la première loge ? vous devez répondre : Nous les sommes, parce que vous devez indiquer ces personnes dont on vous parleVoltaire, Lett. Mme du Deffant, 30 mars 1775
Bartholo : De sa femme ? - Rosine : Je ne la suis pas encoreBeaumarchais, Barbier de Sév. II, 15
Le comte : Rosine ! - La comtesse : Je ne la suis plus cette Rosine que vous avez tant poursuivieBeaumarchais, Mar. de Fig. II, 19
6Le pronom le étant placé après un verbe à l'impératif, l'e muet se prononce, quand il suit un verbe dont la finale est muette ou fait entendre un son autre que celui de l'é fermé ; le a alors le son des monosyllabes me, te, se, etc. Imite-le, rends-le, faites-le se prononcent i-mi-te-leu, ren-leu, fai-te-leu. Mais, lorsque la finale du verbe fait entendre le son d'un é fermé, alors on distingue : si c'est dans le parler ordinaire, on prononce le comme précédemment : promettez-le (promè-té-leu) ; si c'est dans la récitation des vers, l'e muet s'élide quand une voyelle suit, ou il se prononce comme dans fidèle : gardez-le auprès de vous (gardè-l' auprès de vous) ; servez-le (sèr-vé-l') ; aussi il s'élide en vers : Autrefois, cet e s'élidait en toute circonstance, comme on le voit par ce vers : Cela n'est plus guère reçu.
Dans le même cas, la ne souffre pas d'élision. Ramenez-la à son devoir.
7Dans un emploi particulier, le, toujours du masculin et du singulier, signifie cela, ceci, et ne se rapporte pas à un nom substantif, mais est un substantif lui-même.
Il peut tenir la place d'une proposition ou d'un verbe.
Asseyons-nous ici. - Qui ? moi, monsieur ? - Oui, je le veux ainsiVoltaire, Nanine, I, 7
Il peut tenir la place d'un adjectif.
Vous ne serez pas surprise de ce que l'on le fut [surpris] de la prison de M. de BeaufortRetz, II, 69
La bonne princesse était ravie : je le suis de la lettre que vous avez écrite au bon abbéMme de Sévigné, à Mme de Grignan, 20 oct. 1675
Il ne suffit pas qu'elle [la lumière divine] t'ait fait juste une fois ; il faut que continuellement elle te le fasseBossuet, Méd. sur l'Év. 2e part. 5e jour.
Je [moi le Seigneur] n'ai pas besoin de vos louanges ; les louanges que vous me donnez vous rendent heureux, mais ne me le rendent pas, et je n en ai pas besoinBossuet, Élévat. sur myst. III, 1
Je crois notre cousine fort sage ; mais je vous le crois très peuMAINTEN., Lett. à d'Aubigné, 28 fév. 1678
On pourrait être plus content de sa femme que je ne le suisMAINTEN., Lett. au card. de Noailles, 11 sept. 1698
Le marais, cru impraticable, se le trouva si peu que nos convois suivirent toujours leur premier cheminSaint-Simon, 47, 48
Lusignan : M'ôter, par un seul mot, ma honte et mes ennuis, Dire, je suis chrétienne. - Zaïre : Oui, ....seigneur.... je le suisVoltaire, Zaïre, II, 3
Êtes-vous chrétienne ? je le suis ; êtes-vous la juive qui fut menée hier à l'inquisition ? je la suis ; la raison en est évidente : êtes-vous chrétienne ? je suis cela ; êtes-vous la juive d'hier, etc. ? je suis elleVoltaire, Lett. Mme du Deffant, 30 mars 1775
Avec un substantif pris adjectivement, le suit la même règle. Si on demande à une femme : êtes-vous mère ? elle répondra : Oui je le suis ; parce que mère est ici pris adjectivement. - Mais si l'on dit : êtes-vous la malade dont on m'a parlé ? ou êtes-vous la mère de cet enfant ? Malade et mère étant ici des noms déterminés, la femme répondra : Oui, je la suis. Molière n'a pas tenu compte de cette règle : Il est vrai que la nuance entre mère pris substantivement et mère pris adjectivement est légère, et que la pensée peut facilement se mettre au-dessus.
J'ai fait quelques ingrats et ne l'ai point étéVoltaire, Disc. 7
Je veux être mère parce que je la suis, et ce serait en vain que je ne la voudrais pas êtreMolière, Am. magn. I, 2
C'est adjectivement que sont pris bonnes choses, grands hommes, dans les exemples suivants :
La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses, nous fait appréhender qu'elles ne le soient pas assez pour mériter d'être luesLa Bruyère, I
On a reproché à Cicéron la même faiblesse pendant son exil : ce qui marque que tous les grands hommes ne le sont pas toujours ni en toutRollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 566, dans POUGENS
La règle qui prescrit de représenter en tout cas un adjectif par le invariable est récente ; autrefois avec les adjectifs on employait l'article comme on l'emploie aujourd'hui avec les substantifs.
....Je veux sur toutes choses que vous soyez contente, et, quand vous la serez, je la seraiMme de Sévigné, 13 sept. 1677
Je ne veux pas qu'elle soit malade, encore moins qu'elle se la fasseBossuet, Lett. à Mme du Mans, 17 janv. 1792
Valmire : Mais vous seriez toujours demeurée insensible. - Ildegonde : Je l'avoue, et sans doute encor moins aujourd'hui, S'il n'avait rien aimé, je la serais pour luiThomas Corneille, Théod, II, 1
On ne peut être plus contente que je ne la suisMme de Maintenon, Lett. sur l'éduc. aux dem. de la classe bleue, 1700
La comtesse : Monsieur, je ne veux point être liée. - Chicaneau : à l'autre ! - La comtesse : Je ne la serai pointRacine, Plaid. I, 7
Vous serez aussi surpris de cette lettre que je la fus de l'air dont vous vîtes mon départHamilton, Gramm. 9
8Dans plusieurs locutions le joue le rôle d'un nom vague. Je vous le donne en cent. Le prendre haut (voy. DONNER et PRENDRE).
La a quelquefois un emploi semblable. Il me la payera (voy. PAYER).
1. On trouve dans Pascal : 2. Le pronom le, la, les, ne peut pas se rapporter à un nom pris indéfiniment, c'est-à-dire sans article. C'est contre cette règle que pèchent les exemples suivants. Cette règle pourtant n'est pas tellement absolue qu'il soit toujours impardonnable de la violer. 3. Ne remplacez pas par le un verbe mis à l'actif, si le le fait sous-entendre avec un sens passif. Il corrigerait ces abus, il eût corrigé ces abus, s'ils pouvaient l'être ; dites : s'ils pouvaient être corrigés. Je le traiterai comme il mérite de l'être ; dites : comme il mérite d'être traité. Cette règle est absolue ; Voltaire y a manqué dans cette phrase : On ne peut bien déclamer que ce qui mérite de l'être, Louis XIV, Artistes, Lulli. 4. Le, la, explétif ou remplaçant que, lequel. Cette tournure est contraire à la construction grammaticale : on le voit sans peine ; et dans les exemples ci-dessus rapportés on la rétablira en supprimant le pronom le, la. M. Frédéric Godefroy est le premier qui l'ait signalée (Lexique de Corneille, t. II, p. 10). Elle remonte plus haut que le XVIIe siècle, et on en verra des exemples dans l'historique. Toute pléonastique qu'elle est, elle n'est pas sans commodité et a été suggérée par un besoin de clarté dans une phrase qui s'allonge. 5. Saint-Simon a dit : Cette phrase est incorrecte : le mot malade y est pris dans deux sens très différents.
Le même que l'article le, la, les ; prov. lo, los, la, las.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander